Article (textes et photographies) publié dans le magazine Axes d’Affaires.

Mensuel professionnel spécialisé dans le tourisme d’affaires, les séminaires et incentives en entreprise.

Journaliste,  rédacteur, reporter photographe j’y réalise des reportages en France et dans le monde (dossiers destinations, enquêtes, dossiers économiques, éditoriaux)

Lanzarote

D’Eau, de Terre et de Feu

Née des terribles colères de la Terre, Lanzarote est aujourd’hui l’île à la mode de l’archipel canarien. Un climat agréable toute l’année, un dépaysement total à moins de cinq heures de vol de Paris ainsi qu’un développement touristique plus décent que celui de ses grandes soeurs, en font une destination par laquelle il est aisé de se laisser séduire.

La plus septentrionale des Canaries, Lanzarote comme de nombreuses îles, fait l’objet de légendes quant au fait de sa création. La plus belle, et celle qui lui convient le mieux, rapporte que Dieu, désireux d’assouvir la grande curiosité de l’Homme, tint à lui faire découvrir la Lune. Ainsi il prit le célèbre satellite, le partagea en plusieurs quartiers et laissa tomber le plus beau dans l’Océan Atlantique.

La magie et le mystère de cette belle histoire sont si proches de l’impression laissée par la découverte de Lanzarote que l’on serait presque tenté d’y croire. Avec ses 800 kilomètres carrés surgis de la mer au fil d’innombrables explosions de lave et de feu, l’île compte pas moins de 300 volcans ! En résulte un paysage tourmenté que les entrailles de notre planète ont diversement coloré. Champs de laves noires, rouges, grises, lacs verts émeraude, chaos de blocs rocheux, amoncellements de roches déchiquetées laissent parfois une petite place à un village de maisons blanches, à des cultures riches et variées. Et, comme pour surprendre un peu plus, Lanzarote a eu la délicatesse de se démarquer des autres îles volcaniques en accueillant de magnifiques plages de sable fin aux teintes tant dorées que noires ou rouges !

C’est à n’en point douter dans cette splendeur naturelle et surréaliste que Lanzarote a puisé ses plus beaux atouts. Sa superficie et le bon état de ses voies de communication – exclusivement routières – permettent des circuits aussi simples que fascinants sur moins d’une semaine. L’axe sera inévitablement celui du volcanisme autour duquel de nombreuses activités peuvent être développées.

Les montagnes de feu

Site incontournable de l’île, le Parque Nacional de Timanfaya (50 km2) offre un témoignage vivant et inégalable de l’activité volcanique de notre planète. Fruit de six années consécutives de gigantesques éruptions les « Montanas del Fuego » sont l’attraction phare du parc. Une route rectiligne mène aux premiers contreforts en traversant un paysage désolé, où sous six à dix mètres de laves noires dorment à jamais onze villages, leurs habitations et d’innombrables cultures. Au pied du restaurant « Islote d’Hilario » des visites guidées en car mènent les groupes de visiteurs dans un désert grandiose de cônes, éboulements, failles et cratères d’où s’échappent encore aujourd’hui les vapeurs intestines de la Terre. Les commentaires sur fond de musique « lunaire » y ajoute une atmosphère des plus réussie.

De retour au restaurant, la découverte du volcanisme de l’île se veut encore plus vivante. Dans un large tuyau fiché en terre l’apprenti vulcanologue verse le contenu d’un seau d’eau qui ressort quelques secondes plus tard sous forme d’un violent jet de vapeur. Dans une anfractuosité de l’écorce terrestre ce sont quelques brindilles qui s’enflamment à peine y ont-elles été déposées. Emotions fortes garanties, apaisées autour d’une bonne table de grillades, cuites à la chaleur du volcan bien sûr. A dix centimètres sous terre la température atteint déjà 140°; à soixante centimètres le mercure avoisine les 460° ! Enfin, une visite des « Montanas del Fuego » ne peut se clore – où débuter – qu’à dos de chameau pour une promenade sur le flanc des volcans… souvenirs indélébiles.

A la limite sud-ouest du parc national El Golfo offre un remarquable assemblage de couleurs. Le cratère d’un volcan s’est a demi affaissé dans l’Atlantique formant un superbe lagon vert émeraude bordée d’une plage de sable ébène. La salinité y est encore plus dense que dans la Mer Morte. Par temps clair et venté – fréquent sur les Canaries – l’océan d’un bleu pur fracasse ses rouleaux en de magnifiques gerbes d’écume blanche. Un aperçu de ce que sont les Hervideros – « bouillonnements » – voisins. La haute houle vient s’écraser avec violence dans un chaos de coulées de lave, laissant rejaillir par ses anfractuosités l’océan en un impressionnant bouillon.

La signature de Manrique

Les centres d’intérêt liés à la beauté volcanique ne manquent pas à Lanzarote. Les Cueva de los Verdes sont un fantastique dédale de tunnels et de grottes souterrains résultant de la principale éruption du volcan Corona, au nord-est de l’île. La visite guidée en son et lumière dépasse parfois l’imaginaire (une illusion d’optique indévoilable vaut à elle seule que l’on s’y rende). Une des grottes possède une gigantesque « salle » à l’acoustique parfaite. Certains jours sont donnés des concerts pouvant réunir jusqu’à 500 auditeurs.

Liés naturellement – il s’agit du même fleuve de lave – les Jameos del Agua ne se trouvent qu’à deux kilomètres des Cueva dont elles sont le complément de visite indispensable. César Manrique – artiste sculpteur le plus célèbre et le plus présent dans l’île – a mis à profit l’étonnant ouvrage de la nature pour aménager des grottes en un remarquable complexe souterrain. Un restaurant, une discothèque et une piscine « lagon » entourée d’un superbe jardin tropical à ciel ouvert en font un lieu très à la mode. La curiosité majeure de l’endroit restant tout de même le petit « lac » intérieur de la grotte qui abrite une espèce de minuscules crabes blancs et aveugles. Faune que l’on ne retrouve habituellement qu’à prés de 3 000 mètres de fond dans l’océan !

A cette nature exceptionnelle l’homme a bien dû s’adapter et tenter de l’utiliser au mieux. Manrique en est un exemple parfait. A l’extrême nord, une falaise abrupte accueille en son sommet le Mirador del Rio. Une des nombreuses créations de l’artiste. A 450 mètres au dessus de la mer ce poste d’observation à la conception étonnante offre un sensationnel panorama sur le détroit El Rio séparant Lanzarote de l’île de Graciosa.

De l’art, voire même du travail d’orfèvre, presque chaque Guanche – habitant des Canaries – doit en user dans chacun de ses gestes. C’est la condition pour vivre de cette terre paradoxalement grande nourricière et folle meurtrière. La vallée de la Géria au coeur de l’île présente une forme de viticulture unique au monde. Chaque pied de vigne est planté au fond d’un petit cratère de lapili et autres roches volcaniques poreuses. Elles absorbent l’humidité qu’elles restituent à la plante selon ses besoins. Autour de chaque creux, un petit muret qu’il faut remonter maintes et maintes fois protège du vent.

De cette lutte contre et avec les éléments naît le Malvoisie. Vin frais et corsé que l’on peut déguster chez certains producteurs. Le Muséo del Campesino (musée du paysan) à Mozaga signalé par la sculpture monumentale de Manrique – élevée à la gloire de ces hommes qui domestiquent ici la terre – regroupe tout ce qui à trait à l’agriculture insulaire.

Insularité qui fait de Lanzarote une destination balnéaire par excellence. Les stations animées toute l’année – et uniques centres d’hébergement – de la Costa Teguise, Playa Blanca, Puerto del Carmen et Arrecife offrent de somptueuses plages de sable fin. Le climat doux et un vent régulier en font un paradis pour la pratique du funboard et autres sports nautiques. Des plages plus désertes et tout aussi belles se retrouvent au sud-est, dont la perle porte le nom chantant et coloré de Playa Papagayo.

Christophe Hamieau.